|
Écrit par Loïc Ollivier
|
|
Mercredi, 27 Août 2008 10:46 |
L'idée d'aller à Madagascar trottait dans ma tête d'explorateur depuis un moment. Breton de Paris marié à Arlette, originaire de la grande île, Patrice y avait rencontré Florent, le mari aventurier de la grande copine d'Arlette, mari qui s'était mis au parapente ... Patrice, sans annoncer la couleur, s'est donc inscrit à un stage d'initiation au Ménez-Hom en août. Lors d'une après midi pique-nique, les langues se sont déliées. Arlette sait se montrer convaincante et rassurante : elle va tout organiser ! Après quelques échanges de mails et coups de téléphone, de recherche sur le web, Claude et moi arrivons à Paris le 16 octobre, accueillis par nos crêpiers parisiens.  Après une journée de tourisme dans la capitale et quelques heures de vols, la grande île se dévoile enfin au matin du 18. Le décalage n'est pas qu'horaire : chaleur, soleil, rizières ... On en perd le nord. On se retrouve le second jour sur "le site de Florent", non loin de Tananarive. Le sol est brûlé, il faudra s'y habituer ! GPS 19° 00' 41,92" S - 47° 35' 01,28" E environ après recherche sur Google Earth. Les petits thermiques n'y peuvent pas grands chose. Je vais vers l'atterro qui a été repéré du sommet. La journée se finit à Tana, dans un bistrot fréquenté par les "expats" venus ce soir voir le match de rugby France - Argentine. On arrose la défaite à la THB, la bière locale qui étanchera nos grandes et petites soifs et on parle sites de vol libre avec René et Florent. Après quelques échanges téléphoniques, on part à la rencontre de Florent qui vient à la nôtre. Claude n'est pas dépaysé : c'est comme dans le bled il y a cinquante ans, 4L en moins ! On a perdu Florent et son numéro de téléphone, mais en suivant les indications de René, on approche du site. Le terrain n'est pas toujours facile, mais la 4L passe d'autant que Claude et moi marchons devant ou derrière ce qui permet de prendre la température. On y croise les autochtones et les zébus. Le paysage est sinon superbe du moins déconcertant : rizières en terrasse, terre brûlée par le soleil et la main de l'homme, maisons de terre en toit de chaume. On arrive au sommet, mais Florent, enfin joint au téléphone est formel, on s'est trompé. Demi tour ! La 4L n'apprécie pas. On remet de l'eau, on rattache la batterie qui est allée à la rencontre de l'hélice du ventilo ... Patrice, un instant perdu dans la savane, est récupéré par Florent qui aurait bien filé vers le site ... Il est encore mis à contribution : ce n'est pas un fusible, mais le calorstat qui est HS : on le shunte ! D'un côté, c'est une vaste pente école. Encore un petit effort pour aller au sommet. Il y a du vent, mais Florent déballe sa voile. Les nuages se soudent, il vaut mieux plier ... La maison traditionnelle est à étage, avec toit de chaume.  Le dimanche se passera en famille, ce qui nous permet de papoter, de savoir qui est qui ... et de préparer le véhicule pour le départ du lendemain. La région du lac d'Itasy (prononcer itach') est un lieu de passage touristique classique et une destination dominicale. C'est aussi un endroit répertorié comme étant une zone propice au vol libre. Les qualités d'interprète de Loïc, fils de notre chauffeur, ne sont pas de trop pour trouver le chemin que le patron de notre gîte nous a signalé. Mais bon, on abandonne car le chemin est défoncé ! 19° 6'31.42" S - 46°43'9.63" E pour cet endroit parce que c'est par là ! Sur Google Earth, on voit bien le chemin d'accès. On préfère allez voir du côté d'Analavory (analavour). En suivant les indications, je vise le col entre les collines : un bout de bois semble attendre une flammèche, les herbes sont un peu écrasées, ça doit être là. On y fera des ploufs deux jours de suite sans attendre que l'activité thermique ne se transforme en ciel d'orage et que la journée se finisse sous une pluie tropicale soudaine. Nous sommes hébergés dans de petits bungalows dans un petit coin de paradis bien entretenu. 19° 3'31.72"S 46°44'18.23"E pour l'entrée de la propriété. Toutes les collines sont des sites de vol libre, mais il nous manque des indications pour accéder aux décollages officiels. Une balade permet de voir de nombreux sommets. Le but de la balade est décevant. Les chutes de la Lily sont un bluff touristique. M'enfin, on passe dans des villages et là, c'est du vrai. Retour au lac : certains trajets se font en pirogues. Le chauffeur et Patrice ont un creux et se restaurent dans une gargote au bord de la route. Claude et moi préférons prendre des photos et manger des bananes ! On retourne du côté d'Analavory et surprise, il y a des ailes en l'air côté est ! On grimpe pour un soaring dans un vent qui tombera assez soudainement et nous de même. Patrice en profitera pour amuser la galerie.  Le retour à Tana ne sera qu'une courte étape avant un départ vers la RN7. On reprend la route au petit matin : 400 km au programme, la journée y passera, et celle du lendemain en partie ... C'est une route de montagne, ça tourne, ça monte, ça descend, le véhicule est poussif. Le chauffeur nous en fait voir. En plus, il faut éviter les enfants et les zébus, les poulets, les engins en tous genres qui encombrent le macadam. Pause musicale et filet de zébu dans un petit rest'o bien tenu dans un village dont on a oublié le nom. Il faut rester à droite dans le virages car on n'est pas seul sur la route, mais ce n'est pas naturel pour le chauffeur. Il se fera tancer plusieurs fois et finira par obtempérer. Les jeunes bergers gardent un troupeau bien docile. Au petit matin, il fait frais. Les paisibles bêtes ont de longues cornes. Les paysages sont changeants. La salle de bain et la buanderie sont à l'extérieur. Les séances photos nous font prendre du retard, mais bon. Dès que c'est possible, le malgache cultive, et en particulier le riz, à la main le plus souvent. On arrive enfin à l'embranchement attendu. La piste semble praticable. Les habitants sont isolés. Une digue incongrue barre une rivière. Il faut encore contourner un massif. La falaise apparait enfin. De loin, la verticale de 800 mètres n'en fait pas tant.  Finalement, ces 20 km de piste ont été avalés facilement ... Le Camp Catta est niché entre le Caméléon et le Tsaranoro. Il faut mériter le vol : 600 m de dénivelé à faire à pied, en 1H30 pour les bons marcheurs que nous sommes ... On ne le fera pas tous les jours. Un abri permet d'attendre que l'aérologie soit favorable. On ne comprend pas tout d'autant que les locaux ne sont ni explicites ni bien au courant non plus. Spectacle grandiose comme à chaque fois que l'on voit la planète de haut. A la seconde grimpette, Patrice aura le feu vert pour se mettre en l'air et s'épargnera une descente à pied. L'atterro est bien visible, comme les gros rochers qui accueillent le volatile à la sortie. Le terrain est grand, mais Claude se posera à côté ... Hyacine fait voler de temps à autre quelques touristes. Pendant que certains s'amusent, d'autres sont de corvée de bois. Avec une Valluna Bivouac, on garde le sourire. Claude s'offrira les services d'un porteur. Il faut dire que la grimpette fait un brin souffrir, même si on ne va pas au pied de la falaise toutes les fois. Cet autre déco, plus accessible, est un brin court, et si on ne prend pas l'ascendance, on est vite en bas. Patrice se prépare pour un plouf : il faut soigner la course car le terrain n'a rien à voir avec la pelouse du Ménez-Hom. A l'atterro, un pilote local vient nous dire bonjour. Au Camp Catta, nous aurons la visite de lémuriens catta.  Nos cousins éloignés ne sont pas farouches, mais ne se laissent pas approcher de trop près. On reprend la route du sud. De vastes étendues sont la proie des flammes. Les arbres n'y résistent pas. Si certains animaux en profitent, d'autres y laissent la vie. Une maigre végétation repousse, mais il y a surement mieux à faire que de saccager son pays ... On s'attend à voir des éléphants, des lions et des girafes. On s'arrêtera pour la nuit chez "Momo Trek" aux portes du Parc de l'Isalo dont des voisins de table nous vanteront la beauté des paysages ruiniformes et nous expliqueront le racket organisé par le système des guides. Mieux vaudrait appliquer une TVA et la récupérer que de faire payer le touriste qui vient ouvrir les yeux ... Aux portes d'un Musée de la Reine gratuit cette fois mais un brin nu, le spectacle est superbe. Les paysages changent. On est dans la savane africaine.  On traverse un "far ouest" de chercheurs de rubis.  Une ville champignon y a poussé durant la ruée vers les gemmes.  Ca sent le sud : c'est le pays des baobabs.  Des cases en terre sont parfois visibles : c'est le dénuement.  Ihosy est le carrefour de la RN7 et de la piste qui s'en va au sud vers Fort Dauphin. Il faut des véhicules adaptés pour parcourir les 500 km.  On arrive enfin à Tuléar à 900 km de Tananarive. La ville est plus que moche, la grève aussi.  Cette vision paradisiaque ne doit pas tromper. On passera la nuit "Chez Alain" qui nous indiquera que, plus au sud, il y a effectivement des falaises ... L'hébergement est rapidement choisi : c'est le plus éloigné des poubelles ! Après une journée d'exploration, on grimpe sur la falaise ce qui nous permet de trouver un déco, un chemin plus facile, et d'admirer le village au soir couchant. Dès le premier vol, je vois mieux l'ensemble, le chemin, et un second décollage ... Aller au bout me semble osé, mais je m'approche en cherchant des oiseaux qui feraient de même. A droite du déco, la mangrove et un atterro facile. Le sommet est impraticable. La terre est ronde, mais ça ne se voit pas. Les cactus sont géants, il s'agit de viser juste ... Le jour suivant, on prend le fourgon, c'est moins sportif, mais on a moins chaud au retour. Patrice fait du soaring pendant un long moment. Il évite les arbustes du bord de la falaise, les palmiers et les cactus à l'atterro, et se pose même avant d'être reculé dans le vent qui se lève : tout va bien. Le voyage à la pointe est sans problème (sans problèmeS selon Coca Cola). L'eau est une invitation à la baignade, on ne résiste pas, mais il faut se poser sur le sable. On décide de rester un peu mais de visiter l'autre rive. En attendant la pirogue, on assiste à la pêche. Le paradis n'est pas éternel. Il ne dure que quelques mois. Après, il faut ramer. Notre piroguier arrive. Il connait l'endroit pour y avoir conduit des volatiles. Le déco est évident et facile d'accès. Je fais un petit tour côté mer. L'ancien port est ensablé. Claude se prépare. Les spectateurs sont nombreux. Au fond à droite, notre port d'attache. Les pêcheurs se sédentarisent, et entourent leurs terrains de clôtures de cactus. Quelques bulles permettent de prendre un peu de gain. Grand succès à l'atterro. La pirogue qui s'est échouée le long de la plage à 1 km du déco (brise de terre à l'aller) arrive à notre rencontre : on vient juste de sortir de l'eau ! On abandonne les surfeurs. La pirogue de balsa est stable, mais j'ai un petit doute sur la solidité ... Petit exercice d'équilibre pour Claude dans la brise de mer. Le poisson ne rentre pas tout seul dans la barque. Brochettes de crevettes, poisson grillé avec patates douces, bananes flambées ... Au loin, le ciel est menaçant : nous sommes au bon endroit. Avant notre dernier soaring, on se ravitaille en mangues. Les marchands sont nombreux. Celui ci ne veut pas de mon billet de 5 000 FMG qui vaut 1 000 Ar soit 0,4 euros ! Bon, c'est combien ? C'est marée basse. Une grande aigrette pêche. Après le vol, retour à Tuléar (pas pour l'aigrette) avant la remontée. Parmi les sept plaies de l'Egypte, il y avait les criquets. Madagascar n'y coupe pas ! On repasse par la ville champignon. La circulation sur la RN7, grand et unique axe de communication de Tana vers le sud, est parfois ralentie par les troupeau de zébus. Je connais un endroit pour la prochaine Coupe de Plaine ... On ne peut s'arrêter sans cesse pour prendre des photos, alors on shoote par la fenêtre. Le transport se fait par tous les moyens. Les zébus piétinent et réduisent les mottes de terre. Planter en ligne les pousses de 8 jours en séparant les rangées permet d'augmenter le rendement d'un facteur 4 et plus encore ... Mais le poids des habitudes fait que ! Mora mora.  Après 900 km en deux jours de route, on est à Tana. Arlette arrive en soirée et nous fait visiter le lendemain quelques jolis coins de banlieue dont certains ressemblent à des sites de vol libre. Retour au lac d'Itasy. A la fin d'une journée glandouille, on trouve les geysers qui sont comme le pays : mora mora. On décide de grimper sur un caillou (Top à 1 650 m - 400 m de dénivelé) après avoir vu un volatile en descendre. La grimpette est sportive. Ce sera notre dernier vol et Patrice ratera son premier déco, se fera les premières douleurs et frayeurs. Claude est l'ouvreur. On peut aussi voler au bord du lac, et de la colline voisine. Avec de bonnes conditions, en osant un peu, un pilote aguerri peut faire un petit tour du lac. Pour meubler une journée ventilée, on se balade vers un site qui nous a été indiqué. Claude, pourtant pas du style mora mora, se perd dans ses pensées. Il n'y a pas beaucoup de poissons dans ces eaux troubles. Près de notre base, la colline à l'antenne est aussi un site ... On fera la grimpette. Allez, on change de crémerie. On n'avait pas vu le village sous cet angle. Faudra aller voir en face. On meuble les derniers instants par la visite des endroits négligés, comme la sortie du lac. On traine un peu. La dernière soirée chez Jacky est musicale. Vincent Brisard qui vient de finir sa saison malgache est au bar, comme d'ailleurs une vieille connaissance qui nous ignore ... Eh oui, le monde est petit, on se retrouve toujours. Sur le chemin du retour, on s'offre nos derniers ananas. Mais à qui les acheter ? A Tana, on dépense nos derniers sous, on mange notre dernier filet de zébu, on retrouve Patrice qui replie sa voile. Vers 17 heures, on prend le Lite Ace pour se plonger une dernière fois dans les embouteillages. On arrivera à l'heure. A Paris, chance, il y a un train ... |
|
Mis à jour ( Mercredi, 27 Août 2008 12:30 )
|
|